ERP Triple Bilan : Bilans RSE

En février dernier, HashBang s'est lancé dans son projet d'ERP Triple Bilan : un ERP permettant de réaliser, en plus de bilans financiers, des bilans sociaux et environnementaux. Dans les articles précédents, nous avons présenté nos évaluations de différents ERP opensources codés en Python. A présent, HashBang s'intéresse aux outils permettant de réaliser des bilans sociaux et environnementaux, dans le but de sélectionner l'outil que l'on implémentera dans notre ERP.

Dans cet article, nous allons donc présenter les différents enjeux autour des bilans socio-environnementaux, ainsi que notre démarche qui nous a permi de sélectionner une méthode de création de bilans socio-environnementaux à implémenter dans notre ERP Triple Bilan.

L'univers des bilans RSE

Notre projet d'ERP Triple Bilan s'inscrit dans le cadre du développement durable, en particulier dans le cadre de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).

Le développement durable est un mode de développement qui permet de répondre aux besoins des générations présentes, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. C'est un mode de développement qui privilégie le long terme au court terme. Il prend en compte trois dimensions majeures :

  • Economique : il vise à réduire l'extrême pauvreté et à donner l'opportunité à tous d'exercer une activité économique dignement rémunérée
  • Environnementale : ces activités ne doivent pas épuiser des ressources non renouvelables ou abimer notre écosystème
  • Sociale : ces activités doivent se faire dans le respect des droits humains, et chacun doit avoir un accès égal aux ressources et services de base, comme la santé ou l'éducation

Le développement durable peut être appliqué à toutes les échelles, de l'individu aux organisations internationales. Il est appliqué, à l'échelle des entreprises, au travers de la RSE. Pour une entreprise, la Responsabilité Sociétale des Entreprises est la politique qu'elle met en oeuvre afin d'avoir un impact positif ou neutre sur l'environnement et la société tout en étant économiquement viable.

Aujourd'hui, il existe des réglementations nationales et internationales qui imposent aux entreprises visées de mener des politiques RSE en leur sein. Afin de pouvoir contrôler qu'elles respectent ces réglementations, il leur est demandé le plus souvent de réaliser et communiquer publiquement un rapport extra-financier. C'est un rapport présentant les performances sociales, environnementales et sociétales de l'entreprise ainsi que les politiques RSE qu'elle met en oeuvre. Il vient en complément du rapport financier, et permet donc aux parties prenantes d'évaluer la durabilité de l'entreprise.

Un autre type de rapport, plus récent, est également répandu : le rapport intégré. Plutôt que de faire un bilan extra-financier séparé du bilan financier, un rapport intégré analyse les dimensions financières, environnementales et sociales et les met en relation dans un même rapport. Cela permet de proposer une analyse de durabilité plus fine et d'évaluer plus également les enjeux économiques, sociaux et environnementaux d'un entreprise.

Dans cet article, nous appellerons reporting RSE toute activité de reporting analysant les performances socio-environnementales d'une entreprise, que ce soit du reporting extra-financier ou intégré.

La RSE à l'échelle mondiale

A l'échelle mondiale, aucune réglementation n'est en vigueur en ce qui concerne la politique RSE des entreprises. La réalisation de rapport RSE est donc une action volontaire de la part des entreprises dans le monde. Cependant, alors que de plus en plus d'investisseurs et de clients se montrent sensibles à l'implication des entreprises dans le développement durable, le reporting RSE devient officieusement une obligation pour beaucoup d'entreprises.

En 2000, les Nations Unies annoncent le United Nations Global Compact (UNGC), un pacte entre plusieurs pays et entreprises afin d'encourager les entreprises à adopter des politiques de durabilité, citant 10 principes à respecter. Les entreprises signataires ont alors commencé à utiliser des outils existants de reporting extra-financier, le plus répandu étant la Global Reporting Initiative (GRI). De nombreux outils de reporting extra-financier sont également nés suite à ce pacte.

L'UNGC est mis à jour quand, en 2015, les Nations Unies publient leurs Objectifs de Développement Durable (ODD). Ces objectifs, qui sont au nombre de 17, ont été établis dans le but d'atteindre la paix et la prospérité de l'humanité et de la planète. C’est un appel à tous les pays à agir afin que ces objectifs soient atteints partout dans le monde d’ici 2030. Bien que ces objectifs ne soient pas spécifiques aux entreprises, de nombreux outils de reporting RSE ont modifié leurs méthodes dans le but que les entreprises qui les utilisent contribuent à remplir ces objectifs.

C'est à cette même période que le reporting intégré, promu par l'International Integrated Reporting Council (IIRC), commence à être utilisé par de nombreuses entreprises à la place du reporting extra-financier. Ce dernier reste cependant majoritairement utilisé dans les entreprises du monde entier.

La RSE aux échelles de l'Union européenne et de la France

En 2014, l'Union européenne fait paraitre une directive imposant aux entreprises d'intérêt public de plus de 500 salariés de publier des rapports extra-financier et de les faire vérifier par un organisme tiers certifié. Ces rapports doivent traiter de thématiques définies dans les domaines du social, de l'environnemental et du sociétal.

Cette directive a été transposée dans la loi française avec la création de la Déclaration des Performances Extra-Financières (DPEF). Elle concerne les sociétés côtées et non côtés de plus de 500 salariés dépassant un seuil de revenu annuel fixé.

Pour réaliser ces rapports, l'Union européenne et le Ministère de la transition écologique recommandent l'utilisation d'outils de reporting RSE renommés, comme la GRI, la norme ISO 26000, ou encore le reporting intégré de l'IIRC.

De nouvelles mesures européennes ont cependant été prises en 2019 avec le Green Deal (Pacte Vert pour l'Europe). Avec ce pacte, l'Union Européenne se donne pour objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050. Pour ce faire, plusieurs projets de lois sont en cours, notamment un projet de révision du rapport extra-financier obligatoire. Ses critères d'évaluation seront revus, et l'obligation de reporting sera étendue aux entreprises de plus de 250 salariés. Cela amènera logiquement une révision de la loi actuelle sur la DPEF.

La réglementation autour du reporting RSE est donc en plein mouvement, à l'échelle nationale comme mondiale. Cependant, les PME, en particulier les PME françaises (qui sont la cible de notre ERP Triple Bilan), ne sont pas concernées par ces réglementations, ni par les réglementations en cours d'élaboration.

Les problématiques autour du reporting RSE

La pratique du reporting RSE et la réglementation autour de cet outil sont des thématiques très actuelles, et sont encore en cours d'amélioration. En effet, le reporting RSE est confronté à de nombreuses problématiques, qu'il nous semble important de développer afin de mieux comprendre les enjeux actuels du reporting RSE.

Tout d'abord, il existe une multitude d'outils de reporting RSE, mais encore aucun outil consensuel permettant de faire une analyse de son activité de manière complète et pertinente pour toutes les entreprises. L'absence d'outil consensuel fait qu'il n'y a pas d'harmonisation des rapports RSE entre les entreprises, notamment à cause de l'absence d'indicateurs quantitatifs dans beaucoup d'outils. Cela pose un problème de comparabilité, que ce soit entre les entreprises ou entre les différentes années d'exercice d'une entreprise.

Cette absence d'harmonisation et d'indicateurs chiffrés est également à l'origine d'un problème majeur dans le reporting RSE. En effet, certaines entreprises en profitent pour produire des rapports très flous sur leurs performances et qui présentent un point de vue les mettant en valeur, souvent en inadéquation avec la réalité de leurs performances socio-environnementales : le reporting RSE peut donc être utilisé comme un outil de greenwashing.

Un autre problème majeur du reporting RSE est que les outils largement reconnus ne valorisent pas assez les performances sociales et environnementales. Ainsi, les entreprises qui produisent ces rapports, qui ont donc les données de leurs performances sociales et environnementales, ne voient pas l'intérêt de prendre en compte ces performances dans le pilotage des entreprises. Le reporting RSE, qui a notamment pour but de changer les pratiques sociales et environnementales des entreprises, ne remplit donc pas son rôle avec ces outils.

À cause de ce manque de valorisation, le reporting RSE est vu comme une contrainte par les entreprises soumises aux réglementations, alors que ce rapport pourrait être utilisé comme outil économique performant de son entreprise. En effet, produire un rapport RSE permet de s'interroger sur toutes ses pratiques et sur l'environnement de l'entreprise, ce qui permet de mieux prendre conscience de l'écosystème dans lequel on évolue, et donc de proposer des offres plus adaptées à celui-ci.

Au-delà de ces problématiques qui concernent toutes les entreprises, les PME font face à une difficulté supplémentaire. En effet, les grandes entreprises ont les moyens d'ouvrir un groupe de travail permanent pour collecter des données RSE, calculer les indicateurs chiffrés et réaliser les rapport RSE. Les PME n'ont pas les ressources nécessaires pour faire de même. Certes, elles ne sont pas soumises à la réglementation des rapports extra-financiers, mais nous venons de voir que réaliser un rapport RSE permet d'améliorer son activité économique. De plus, c'est un outil qui permet de donner de la crédibilité aux entreprises qui se veulent durables, et ainsi être plus attractif pour le public et les investisseurs sensibles à ces problématiques. Les PME possèdent donc un handicap par rapport aux grandes entreprises.

C'est sur cette dernière problématique qu'HashBang souhaite travailler en particulier avec la création de son ERP Triple Bilan.

Études des outils de reporting RSE par la DFCG et l'Ordre des Experts Comptables

Afin de proposer un module de reporting RSE valorisable pour les parties prenantes et utile à l'entreprise, nous nous sommes intéressés aux travaux du groupe RSE de l'Association Nationale des Directeurs Financiers et du Contrôle de Gestion (DFCG).

En effet, face à la problématique du manque d'investissement des entreprises dans la production de rapports extra-financiers, la DFCG a souhaité s'emparer du sujet du reporting RSE sous l'angle de la finance. Etant donné que la dimension économique domine les prises de décision en entreprise, la DFCG émet l'hypothèse suivante : trouver un moyen d'attribuer une valeur monétaire aux problématiques sociales et environnementales pourrait permettre de les prendre enfin en considération.

Le groupe de travail RSE de la DFCG a donc réalisé et publié en mars 2021 le livre blanc : Intégration financière et Comptabilités socio-environnementales, en partenariat avec l'Ordre des Experts Comptables, afin d'étudier comment les entreprises, en particulier les directeurs financiers, pourraient plus s'investir dans la politique RSE des entreprises à travers la réalisation d'un rapport RSE sur lequel s'appuyer pour piloter son entreprise.

Ce livre blanc fait état de certaines problématiques évoquées précédemment, à savoir l'action non volontaire des entreprises dans la réalisation de rapports extra-financiers ainsi que le manque d'indicateurs chiffrés qui empêchent l'harmonisation et le contrôle. Pour y remédier, la DFCG suggère de créer un département RSE dans son entreprise consacrée à la réalisation de ces rapports, et de choisir un outil de reporting RSE qui permet de donner une valeur financière aux résultats sociaux et environnementaux de l'entreprise, pour pouvoir prendre en compte ces enjeux dans le pilotage de l'entreprise.

Afin de savoir quel outil choisir pour donner cette valorisation financière aux performances sociales et environnementales de l'entreprise, la DFCG présente dans ce livre blanc 11 outils de reporting RSE, choisis pour leur diversité. Le livre blanc en présente ensuite une analyse en les regroupant en trois catégories.

Les outils à l'approche non monétaire sont justement les outils qui présentent les performances sociales et environnementales sans valorisation financière. Ce ne sont donc pas les outils recherchés par la DFCG. Les outils à l'approche monétaire et à l'évaluation libre donne un équivalent financier aux performances sociales et environnementales, mais ne propose aucun traitement particulier à ces données financières, ce fait que la donnée financière n'est pas exploitée de manière optimale pour le pilotage de l'entreprise. Enfin les outils à l'approche monétaire et à l'évaluation normée proposent de traiter les données financières des performances sociales et environnementales avec les outils de la comptabilité traditionnelle. Ainsi, la DFCG explique que ce traitement permet de valoriser au mieux l'information sociale et environnementale aux yeux du Directeur Financier, qui verra l'intérêt de les prendre en compte dans le pilotage de l'entreprise.

Parmi les outils présentés par la DFCG, deux entrent dans cette catégorie : la Comptabilité Adaptée au Renouvellement de l’Environnement (CARE) et la Comptabilité Universelle. Ces deux méthodes semblent donc optimales pour la prise en considération des performances socio-environnementales dans le pilotage de l'entreprise.

Choix d'une méthode de bilans RSE

Notre étude du livre blanc de la DFGC et de l'Ordre des Experts Compables nous a amené à conclure que les méthodes monétaires à l'approche normée sont les méthodes de reporting RSE les plus pertinentes pour prendre en compte les enjeux sociaux et environnementaux dans le pilotage des entreprises. Etant donné que la méthode CARE est un outil développé dans le cadre de la recherche par l'Université Paris Dauphine et la chaire Comptabilité Ecologique d'AgroParisTech, et que la Comptabilité Universelle est un outil qui appartient à une unique entreprise qui est le Cabinet de Saint Front, la méthode CARE nous a parue plus aboutie et la documentation sur sa mise en place plus accessible. Nous avons donc choisi, dans un premier temps, d'implémenter la méthode CARE dans notre ERP Triple Bilan.

Cependant, lors de nos recherches sur le déploiement concret de la méthode CARE, nous nous sommes rendus compte que cette méthode laisse place à beaucoup d'appréciation humaine, de jugement et d'analyse, ce qui rend donc difficile son implémentation dans un module qui automatiserait son processus.

Nous avons alors cherché à trouver des alternatives à la méthode CARE parmi les outils présentés dans le livre blanc. Nos recherches sur les méthodes de mises en places sur ces outils nous ont amené à une nouvelle conclusion : les outils de reporting reconnus ne répondent pas à nos besoins pour notre projet d'ERP Triple Bilan, et ce pour deux raisons.

La première est que la plupart des outils de reporting demandent des phases d'analyse et énormément d'indicateurs non quantitatifs dans leurs rapports. Ce ne sont pas des éléments qui sont récupérables dans les données d'un ERP, notre module ne pourra donc pas permettre de renseigner toutes les données nécessaires pour compléter l'un de ces rapports. Or, nous cherchons à simplifier au maximum l'établissement de bilans de performances socio-environnementales pour les PME, en demandant le moins d'effort de réalisation possible.

La deuxième raison est que ces outils de reporting RSE sont conçus, pour la plupart, pour les grandes entreprises. Ils ne répondent donc pas aux besoins des PME. En effet, il existe beaucoup d'indicateurs qui concernent la gestion de gros budgets et de gros effectifs salariés, la centralisation des informations ainsi que l'ancienneté des clients et des employés. Pour beaucoup de PME, ces indicateurs ne sont pas pertinents pour étudier la durabilité de leur activité.

Depuis le début de nos recherches, nous savons que des entreprises, telles que Alma ou ETIC, établissent leurs bilans de durabilité avec leurs propres critères, sans utiliser aucun outil de reporting reconnu. Notre étude des outils de reporting nous amène ainsi à la même démarche : nous affranchir des outils reconnus de reporting RSE et calculer nous mêmes des indicateurs qui nous semblent pertinents pour étudier la durabilité d'une entreprise, et qui peuvent être calculés à partir des données d'un ERP.

Afin d'établir des critères pertinents, nous avons décidé de nous inspirer des indicateurs qui sont demandés pour obtenir des écolabels, comme par exemple le label "Lyon Ville Équitable et Durable", ainsi que ceux d'une plateforme gouvernementale mise en ligne en mai dernier : la plateforme Impact. Cette plateforme permet à toutes les entreprises volontaires de calculer des indicateurs de performances sociales, environnementales et de gouvernance, et de publier ces performances afin de les comparer à ceux d'autres entreprises.

Utiliser ces critères nous permettra donc de réaliser un ERP permettant de fournir le plus de données possibles sur les performances sociales et environnementales de l'entreprise, et ce entièrement à partir des données déjà présentes dans l'ERP.

Conclusion

L'univers du reporting RSE est assez complexe. Il est soumis à diverses recommandations internationales et réglementations. Mais ces réglementations concernent en majorité les grandes entreprises, ce qui fait que la pratique du reporting RSE n'est pas très développée parmi les PME. De plus, établir des rapports RSE complets avec des analyses poussées et des indicateurs quantitatifs demandent de gros moyens, que les PME n'ont pas pour la plupart.

HashBang, à travers son projet d'ERP Triple Bilan, souhaite simplifier la réalisation de ces rapports RSE pour les PME afin de contribuer à répandre cette pratique dans les petites structures. Cela permettrait à ces entreprises de bénéficier des bienfaits du reporting RSE, à savoir avoir une meilleure connaissance de son écosystème, afin de proposer une activité qui lui est adaptée et qui pourra s'exercer sur le long terme.

Dans le but de produire des rapports reconnus et valorisables aux yeux des clients et des investisseurs, nous avons d'abord tenté de sélectionner un outil de reporting RSE reconnu, pour l'implémenter dans notre ERP. Notre étude du livre blanc de la DFCG et de l'Ordre des Experts Comptables nous a cependant fait comprendre que les outils reconnus de reporting RSE ne sont pas adaptés à notre projet d'ERP Triple Bilan.

Nous avons donc décidé d'abandonner ces outils au profit de calculs d'indicateurs quantitatifs à partir des données présentes dans l'ERP et que nous aurions nous même sélectionnés. Afin de sélectionner des indicateurs pertinents, nous nous aiderons des indicateurs demandés par les labels et ceux proposés par la plateforme gouvernementale Impact.

Ainsi, nous allons commencer à développer notre premier module sur l'ERP Tryton, inspiré par un indicateur du label "Lyon Ville Équitable et Durable" : un module sur les achats responsables des entreprises.

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